Pourquoi « tu ne réussiras jamais » et « je te l’avais bien dit » vont si bien ensemble ? De l’influence des stéréotypes sur la réalité.

Intuitivement nous sommes plus ou moins persuadés qu’un conditionnement négatif ou positif de la personne influe forcément sur le résultat de son action.

Qui ne s’est-il pas surpris à voir l’enfant tomber juste après avoir professé cette phrase fatidique « attention tu vas tomber ».

Les neurosciences se sont penchées sur les effets réels d’un stéréotype négatif ou positif sur le comportement humain. Ces études nous éclairent sur la persistance de certaines réalités précédées par des stéréotypes fortement ancrés dans notre conscience collective.

«Les femmes sont moins douées pour la science, politique… »

« Les Africains ne savent se prendre en mains… »

« Les immigrés présentent un taux d’échec à l’école plus important… »

Ces représentations, que nous n’osons plus exprimer à haute voix mais qui restent pourtant très présentes, peuvent avoir une grande influence sur la réalité. En effet, nous pouvons être fortement conditionnés par l’image que nous nous faisons de nos chances de réussite.

Les premières études ont été menées par Steele et Aronson (1995) dans le milieu universitaire américain. Les étudiants américains noirs et blancs sont soumis au même test de raisonnement. Le groupe est divisé en deux. Le test est présenté au premier groupe comme épreuve d’intelligence et à l’autre moitié comme un pré-test de matériel expérimental sans enjeu d’évaluation personnelle. L’effet de la condition est constaté uniquement pour les étudiants noirs qui réussissent le test nettement moins bien dans le contexte d’évaluation personnelle. Aucun effet n’est constaté pour les étudiants blancs.

D’autres expériences mettent en évidence la menace du stéréotype pour la performance. Ainsi, les femmes réussissent un exercice des sciences mieux dès lors qu’on leur annonce que le niveau de difficulté est moindre par rapport à celui des hommes.

De même, les femmes asiatiques accomplissent de façon différenciée le même type d’exercice des mathématiques en fonction de l’annonce faite avant. Le stéréotype  « vous êtes Asiatiques » véhiculant une image positive des capacités des asiatiques à appréhender les sciences agit de manière positive sur le résultat. Le conditionnement « vous êtes des femmes » aurait un effet néfaste sur ce même résultat.

La conviction d’être capable ou non d’atteindre certain niveau de difficulté paraît peser de tout son poids sur la performance de la personne.

Le conditionnement fonctionne également dans le sens positif. Les personnes mises en confiance, dont les capacités sont flattées par une représentation positive sont disposées à atteindre meilleurs résultats.

Comment ne pas rapprocher ces conclusions des chercheurs avec les ratés de notre système éducatif ou l’intégration des immigrés.

Personnellement, je suis convaincue que l’annonce ou même une supposition de l’échec lié aux origines sociaux-culturelles de l’enfant peuvent le conditionner de façon néfaste.

L’handicap annoncé l’enferme déjà dans une trajectoire trébuchante. Il devra vaincre sa propre image de raté pour accéder aux champs du possible.

Si en plus, les origines étrangères (la couleur de la peau, la langue, les traditions) sont perçus comme stigmatisant l’ascension sociale, il aura en effet beaucoup de difficultés à accéder au cercle vertueux de la réussite. Et « je te l’avais bien dit » prend tout son sens dans ce contexte.

Comment sortir de ce cercle vicieux ? En contre balançant les stéréotypes négatifs par les représentations positives. Les symboles ont plus d’importance qu’on aurait pu le croire. La parité, la discrimination positive qui force le destin des victimes des stéréotypes permet de créer des nouvelles figures emblématiques des minorités visibles et les rendre capables de renouer avec le succès.

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