LES HOMMES SONT DES FEMMES COMMES LES AUTRES – LES ORIGINES D’UNE DISCRIMINATION

La position inférieure, discriminante, des femmes est si largement répandue dans le monde qu’il est légitime de poser les questions des origines universelles de cette architecture patriarcale de la société. Nous, les femmes, nous nous laissons auto-convaincre que notre place dans l’organisation sociale est fondée sur une vérité biologique. Les femmes continuent ainsi à perpétrer ce modèle où les rôles définis d’avance correspondraient à une différenciation sexuée. Le féminin serait associé à la vulnérabilité, l’émotivité, la compassion mais aussi au commérage, à l’hystérie, à la fourberie… Les hommes seraient plus agressifs, résistants au stress, clairs et charismatiques. Les femmes, elles mêmes,  persistent à croire qu’elles sont condamnées à un certain type de tâches qui leur sont réservées et impossibles pour les hommes. Qui n’a pas assisté à ces discussions entre femmes mi amusées où on se moquait de l’incapacité innée des hommes à brancher un lave linge ou nettoyer correctement la maison…

Alors, à quand remontent les idées fondatrices de cette discrimination orchestrée? Quand est-ce que le pénis devint un plus et non un moins?

Les premières convictions sur l’infériorité du statut féminin viennent de… l’ignorance des hommes. A l’époque où les hommes vivaient 20 ans en moyenne, une grossesse de 9 mois paraissait une éternité, il leur fut difficile de comprendre le rapport entre l’acte d’accouplement et d’enfantement. Il était encore concevable de comprendre que les femmes aient pu engendrer les femmes, leurs semblables, mais le fait d’accoucher d’un garçon nécessitait dans leur esprit forcément une intervention divine. C’est ainsi que les femmes furent associées au genre terrestre, mortel alors que les hommes devaient être inspirés par les dieux.

Le deuxième handicap féminin, et qui en a fait pour toujours un être impur, est tout simplement son cycle menstruel. Les femmes indisposées sont  souvent mis à l’écart de la société. Elles ne participent pas à la chasse et doivent éviter tout contact avec les hommes. Serrer la main d’une femme indisposée est encore aujourd’hui considéré dans certaines cultures et religions comme un péché.

Au final, notre capacité à donner la vie, et qui pourrait nous ériger en un être supérieur, se retourne contre nous. Nous sommes devenus des êtres morbides, entachées du sang impur et incapables de nous impliquer pleinement dans la vie sociale. D’autres croyances de ce type vont alimenter cette discrimination de fait.
D’après les grecs, la taille (plus petite) de notre cerveau témoigne de notre infériorité intellectuelle, voire incapacité à réfléchir…

Selon Platon (427-347 avant JC), la femme est le résultat d’une dégénération physique de l’homme.

“Il n’y a que les hommes qui ont été créés directement par les dieux et qui possèdent une âme. Ceux qui vivent correctement retournent aux étoiles, mais ceux qui sont “lâches” (ou vivent une vie malhonnête) peuvent avec raison être supposés avoir été changés en femmes au cours de la seconde génération.”

Pour Aristote (384-322 avant J.C.) la femme est un être humain incomplet.

“La femelle, en raison de sa déficience en chaleur naturelle, est incapable de “cuire” son fluide menstruel au point de raffinage auquel il deviendrait sperme (c-à-d semence). Par conséquent, sa seule contribution à l’embryon est de lui offrir sa substance et un “champ” dans lequel il peut grandir. “ Sa déficience vient de son incapacité à produire le sperme.

“La relation entre l’homme et la femme est par nature telle que l’homme est supérieur, la femme inférieure, que l’homme gouverne et que la femme est gouvernée.

Jésus en représente une exception glorieuse. Il ne les considère pas comme êtres impures et s’entoure volontiers de celles qui devraient, en toute logique, être bannies par la société : samaritaines, prostituées, femmes infidèles…

Pour Saint Augustin :

“Il découle de l’ordre naturel que, parmi les gens, les femmes servent leurs maris et leurs enfants, parce que la justesse de cela réside dans (le principe selon lequel) le plus petit sert le plus grand... Il relève de la justice naturelle que le cerveau le plus faible se mette au service du plus fort. Ceci en conséquence justifie clairement que, dans les relations entre les esclaves et leurs maîtres, ceux qui excellent dans la raison, excellent dans le pouvoir.” Augustin, Questions sur l’Heptateuque, Livre I, § 153.

Heureusement, les démocraties se sont affranchies de ces convictions misogynes. Pourtant cette mythologie reléguant les femmes en seconde zone, reste très présente dans notre inconscient collectif et légitime une inégalité persistante et, pire encore, les violences faites aux femmes dans certaines cultures théocratiques.

La réalité des chiffres témoigne de cette injustice de fait :

-         58% de femmes poursuivent des études supérieures contre 42% pour les hommes et pourtant nous restons toujours à la traîne en ce qui concerne notre rémunération -27%

-         Les femmes subissent le temps partiel plus souvent 8% contre 2% pour les hommes

-         Elles sont plus fragiles face au chômage 9, 5% contre 8%

-         Les tâches domestiques relèvent toujours des compétences féminines : nous y consacrons 4H contre 2h30 pour les hommes

Il ne reste qu’ajouter à cela le triste constat de notre absence dans les instances de pouvoir – une représentation de 18% à l’Assemblée Nationale et toujours peu de femmes dans les conseils d’administration. Celles qui ont la chance de participer dans le staff de direction, occupent souvent le même type de postes : communication, RH …

Sources : http://www.inegalites.fr/ INSEE

Les détracteurs des quotas et de la discrimination positive évoquent toujours la même crainte : on va employer les femmes au détriment de la qualité en rendant ainsi un mauvais service aux principales intéressées. Les femmes resteront toujours suspectes : occupent-elles ce poste parce qu’elles le méritent ou parce qu’elles sont femmes ?

Mais bon sens, c’est vrai le cerveau plus petit, le cycle menstruel… tout cela a un sens.

Et si on commençait à raconter une autre histoire ?

L’homme incapable de procréer, est forcément un être inférieur, exclu du grand mystère de la vie. Il lui manque les attributs essentiels pour prétendre à un statut divin : pas de seins, ni d’utérus. Leur corps souillé ne se purifie jamais par un cycle menstruel… Ils sont ainsi voués à mourir plus jeune et rechercher d’autres moyens plus barbares et plus agressifs pour verser du sang.

Leur matière grise moins abondante ne leur permet pas d’accomplir plusieurs tâches à la fois. Incapables d’exprimer leurs sentiments, ils sont condamnés à des rituels bestiaux appelés par certains troisième mi-temps. Les poils d’ailleurs témoignent encore du stade peu avancé de leur évolution…

Vu de cet angle, je pense que nous sommes prêtes à nous emparer du pouvoir…

Doucement mais sûrement …dates clés…

1791 : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges, dont le préambule commence ainsi : « Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en Assemblée nationale ».

1804 : Le Code civil donne aux femmes des droits civils mais leur refuse les droits politiques.

1893 : Octroi du droit de vote aux femmes en Nouvelle-Zélande, premier pays au monde à l’accorder ; la Grande-Bretagne (pour les femmes de plus de 30 ans jusqu’en 1928) , la Suède et l’Allemagne l’accordent en 1918, le Canada et les Pays-Bas en 1919, les États-Unis en 1920 (quelques États l’avaient déjà adopté avant ).

21 avril 1944 : L’ordonnance d’Alger accorde le droit de vote aux femmes françaises.

27 octobre 1946 : Le préambule de la constitution proclame : « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme » (art.3) .

8 juillet 1999 : Une révision constitutionnelle ajoute à l’article 3 de la Constitution de 1958 la disposition suivante « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives » et prévoit que les partis doivent « contribuer à la mise en oeuvre » de ce principe (art. 4).

6 juin 2000 : La loi sur la parité en politique module l’aide publique aux partis politiques en fonction de leur respect de l’application de la parité pour la présentation des candidats aux élections.

9 mai 2001  : La loi Génisson sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes poursuit dans une direction amorcée par la loi Roudy du 13 juillet 1983.

1er mars 2004 : signature par le patronat et les syndicats de l’Accord natioLES HOMMES SONT DES FEMMES COMMES LES AUTRES - LES ORIGINES D'UNE DISCRIMINATION original.32670.demi_nal interprofessionnel relatif à la mixité et à l’égalité professionnelles entre les hommes et les femmes.

23 mars 2006  : La loi relative à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes renforce les moyens et engagements concernant la suppression des écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, et la « conciliation » entre l’activité professionnelle et la vie familiale.

4 avril 2006 : Loi qui renforce la prévention et la répression des violences au sein du couple ou commises contre les mineurs.

23 juillet 2008 : Modification de l’article 1 de la Constitution qui est désormais ainsi rédigé : « La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ».

27 janvier 2011 : Promulgation de la loi relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et à l’égalité professionnelle. Ce texte prévoit l’instauration progressive de quotas pour aller vers la féminisation des instances

2 Réponses à “LES HOMMES SONT DES FEMMES COMMES LES AUTRES – LES ORIGINES D’UNE DISCRIMINATION”

  1. Chamborant Dit :

    Que dire ?
    Je remarque juste une chose dans mon humble métier (bien éloigné du monde de la presse, de la pub et de mon ancienne vie) d’éducateur: il y a toujours un problème lorsque les sexes ne sont pas clairement identifiés par l’enfant. Cela ne veut pas dire qu’une femme est inférieure (ou supérieure) à l’homme, mais juste que chacun a un rôle différent et inhérent à son sexe.
    L’enfant a besoin pour se construire d’une référence masculine et féminine, n’en déplaise à beaucoup (peu importe d’ailleurs qu’ils soient leurs parents naturels, et peut importe la sexualité de ceux qui l’élèvent). C’est donc que des différences existent. Et elles existent.
    Pourtant cela ne veut en aucun cas dire qu’un homme est inférieur parce qu’il n’a pas la capacité d’enfanter ou de nourrir l’enfant. De même la femme n’est pas inférieure professionnellement (j’ai connu, n’est-ce pas Ewa, des services commerciaux ou je me sentais relativement seul dans ma condition d’homme, et sans en concevoir d’amertume). Peut-être faut-il arrêter d’opposer, mais de compléter ce qui peut l’être, et comparer le reste. Etre une femme ne veut pas dire être l’égal de l’homme, et l’inverse est vrai aussi. Ne nous battons pas sur des terrains incomparables (un père est un père, une mère juste une mère). Après, vive la modernité: je prends le temps d’écrire ici aujourd’hui car je suis en …. CONGE PATERNITE ;-)

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    • monegoalter Dit :

      D’accord encore. Il ne s’agit pas d’opposer les sexes. Mon exposé est délibérément provocateur. J’ai voulu renverser cette logique masculine de discrimination. Le problème est que dans le cas de la femme, SA DIFFERENCE est devenue handicapante… et bravo pour le congé paternité mais qui change les couches pendant que tu prends le temps d’écrire :) ))

      Répondre

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